L’invasion chirurgicale / Surgical Invasion

Réflexions sur l’histoire, le présent et l’avenir de la relation patient – chirurgien

Thoughts about the history, the present and the future of the patient – surgeon relationship

Nous imaginons aisément que la chirurgie puisse progresser dans deux directions, la découverte de prouesses techniques qui visent de plus grandes performances au prix d’une agressivité nouvelle, et le perfectionnement d’outils déjà existants pour les rendre moins agressifs mais à efficacité thérapeutique égale. En chirurgie, il est donc possible de gagner sur deux fronts : augmenter les chances de guérison par un nouveau traitement ou bien rendre un traitement classique moins pénible. Dans le premier cas, tous les efforts portent sur la lutte contre la maladie, dans le second, ils portent sur la recherche du confort du patient ; le progrès idéal étant bien sûr d’atteindre simultanément ces deux objectifs et de tendre vers un retour à la normalité si normalité il y a.

Nous savons tous que dans de nombreux domaines, la chirurgie est incroyablement efficace et que ses résultats sont déjà très satisfaisants. Nous savons tous que les avancées techniques les plus récentes visent notre confort de patient. Cette recherche du confort du patient porte un nom qui lui est consacré : la chirurgie mini-invasive. Aujourd’hui, ces mots sont sur presque toutes les lèvres, celles des médecins et celles des patients ou, s’ils ne sont pas exactement formulés ainsi, ils sont au moins sous-entendus et remplacés par d’autres termes comme : « mini-abord », « chirurgie sans cicatrice », « chirurgie vidéo-assistée », « chirurgie robotisée » et le monde entier parle de « minimally invasive surgery ».

Aujourd’hui, les patients se renseignent, parlent entre eux. En consultation, ils réclament parfois telle ou telle technique. Ils peuvent choisir leur chirurgien en fonction des recherches qu’ils auront faites sur lui. Ils envisagent l’opération qu’on leur annonce, ils se l’imaginent en sortant de la salle de consultation ou souvent même avant d’y rentrer. Parfois, ils se persuadent d’être éligibles à des méthodes opératoires, innovantes, sophistiquées et non traumatisantes dont ils entendent parler dans les médias. Ce sont alors de grandes déceptions s’ils ne peuvent accéder à ces techniques nouvelles et prometteuses parce qu’elles ne s’appliquent pas à leur cas ou parce qu’elles ne sont que trop peu répandues ou, pire, parce que la prise en charge économique leur en est refusée.

Un patient peut vivre cette quête personnelle d’informations sur son opération, comme un moyen de participer à ses soins et cette activité est certainement déterminante pour renforcer une image de soi altérée par le pathologique. Dans le cas d’une méthode mini-invasive, certains patients s’en font même un challenge : être, par exemple, opéré sous hypnose, être opéré conscient, sans dépendre de drogues d’anesthésie. D’autres ne recherchent que le résultat esthétique, superficiel sans prioriser le résultat fonctionnel ou le résultat microscopique. Certains au contraire, plus rares, peuvent avoir peur de techniques trop modernes et seront rassurés par le fait de subir une intervention classique. Au moment de la rencontre avec le chirurgien, le patient, noyé dans cette foule de motivations contradictoires, agressé par le projet d’une intervention, reconnaît dans le geste mini-invasif, un des seuls points positifs de la consultation. Cet élément optimiste est-il seulement bon pour la satisfaction morale du patient ? Ne peut-il pas avoir aussi un rôle dans la consolidation, la reprise des activités, voire l’appétit, le métabolisme, l’immunité, la lutte anticancéreuse ?

En tous les cas, pour aider un patient dans ses choix, pour renforcer ses convictions, pour que toutes les chances de réussite soient réunies, il me paraît sain de lui expliquer ce que contient ce concept mini-invasif. D’où vient-il? Qu’est-ce qu’il sous-entend pour lui et pour le chirurgien? Quels seront les efforts à fournir? Les enjeux financiers?

Il ne s’agit pas d’entraîner le patient à l’arrière du décor… bien que les coulisses ne lui soient pas interdites. La représentation est réussie sans que le public ait été invité à visiter l’arrière scène. Il ne s’agit pas d’expliquer comment un prestidigitateur parvient à réussir son tour mais de montrer qu’il faut réunir une multitude de conditions pour que le tour réussisse et que parmi ces conditions, l’attitude du spectateur y est pour beaucoup. La chirurgie mini-invasive n’a, bien sûr, rien de spectaculaire ni de magique. Elle est le fruit d’une réflexion profonde sur le geste et sur son environnement, sur la technique, la psychologie et la communication. Elle repose sur le travail d’une équipe à laquelle le patient appartient. Elle est faite d’une multitude de détails accumulés depuis le jour de la consultation préopératoire jusqu’à celui de la consultation post-opératoire. Tout patient candidat à un geste mini-invasif n’est pas forcé de comprendre ce qui va graviter autour de lui, mais je suis persuadé qu’il trouvera de l’intérêt à connaître l’état d’esprit du chirurgien mini-invasif et sa démarche professionnelle pour un résultat optimal. Il n’y a là aucune curiosité intellectuelle mais un besoin normal d’informations pour prévenir les déceptions et les désillusions et pour renforcer les liens et la communication entre soignant et soigné. Les pages qui seront plus particulièrement destinées au patient seront marquées du logo suivant

We can easily imagine that surgery could progress in two directions, the discovery of technical feats that aim for greater performance at the cost of a higher risk, and the improvement of existing tools to make them less aggressive but with equal therapeutic efficiency. In surgery, it is therefore possible to win on two fronts: to increase the chances of recovery with a new treatment or to make an already existing treatment less harmful. In the first case, all efforts are directed to the fight against the disease, and in the second, their goal is the patient comfort; the ideal progress being of course to achieve these two objectives simultaneously and to strive towards going back to normal, if this “normality” exists.

We all know that in many areas, surgery is incredibly efficient, and the results are already very satisfactory. We all know that the most recent technical developments aim at improving patient comfort. This quest for patient comfort has a name: minimally invasive surgery. Today, these words are on almost everyone’s lips, those of doctors and those of patients alike, or, if they are not exactly worded like this, they are at least implied and replaced by other terms like: “mini-incision”, “scar-free”, “video-assisted” or “robotic surgery”.

Nowadays when patients seek advice, they talk to each other. During the pre-operative assessment, they sometimes ask for a certain technique. They can choose their surgeon based on the research they have done on him. They envision the operation announced to them, they imagine it when they leave the consultation room or often even before entering it. Sometimes they are convinced that they are eligible for innovative, sophisticated and non-traumatic operating methods that they hear about in the media. They are then extremely disappointed if they cannot benefit from these new and promising techniques because the latter do not apply to them, because they are still too rare or, what is worse, because government social security does not cover them.

For the patient this personal quest for information about his operation is a means of participating in his own treatment and this activity is certainly critical in strengthening his self-image altered by the disease. In the case of a minimally invasive method, some patients even make it their personal challenge: for example, they want to be operated under hypnosis or while being conscious, without depending on anaesthesia drugs. Some seek only superficial aesthetic results without prioritizing the functional or the microscopic ones. Others, on the contrary (although these cases are rarer), are afraid of overly modern techniques and will be reassured by undergoing a conventional intervention. At the moment of the meeting with the surgeon, the patient, drowning in this load of contradictory motivations, destabilized by the plan of the intervention, sees in the mini-invasive surgery probably the only positive side of the pre-operative assessment. Is this optimistic element only good for the moral satisfaction of the patient? Can it not also have a role in his recovery, resumption of activities, not to mention improvement of appetite, metabolism, immunity, cancer control?

Either way, to help the patient in his choices, to reinforce his convictions, to meet all the chances of success, it seems reasonable to explain to him what this minimally invasive concept means. Where does it stem from? What does it imply for the patient and for the surgeon? What efforts will it require? What are the financial implications?

It’s not about bringing the patient behind the scenes … although it is not prohibited either. A performance can be successful without the public being invited to visit the backstage. It is not a question of explaining how a magician manages to do his trick but to show that it is necessary to meet a multitude of conditions for the trick to succeed and that among these conditions, the spectator’s attitude weighs a lot. Minimally invasive surgery has, of course, nothing spectacular or magical in it. It is the result of a deep consideration of the surgeon’s actions and his environment, the technique, the psychology and the communication. It is based on the work of the team to which the patient belongs. It is made up of plenty of details accumulated from the day of the pre-operative assessment to the post-operative one. Patients applying for a minimally invasive surgery do not have to understand everything that will go on around him, but I am convinced that they will find it interesting to understand the state of mind of the minimally invasive surgeon and his professional procedure for an optimal result. There is no intellectual curiosity here but a normal need for information to avoid disappointments and to strengthen the link and the communication between the caregiver and the patient. The pages which are more particularly intended for the patient will be tagged with the following logo.

Le patient n’est pas le seul à méconnaître les coulisses de la scène chirurgicale. Le chirurgien lui-même peut occuper le devant de cette scène sans jamais avoir visité le théâtre ni même en avoir éprouvé le besoin. Un chirurgien a lui aussi besoin de comprendre ce qu’est réellement la chirurgie mini-invasive s’il veut en faire bénéficier pleinement son patient. Le jeune chirurgien sera parfaitement bien formé à ces techniques, il s’entraînera à réaliser les gestes avec succès. Il apprendra même parfois les particularités du soin « mini-invasif » mais il entendra rarement parler des concepts techniques fondamentaux du « mini invasif » et encore plus rarement du savoir-être « mini invasif » qui lui permettront de s’épanouir, de progresser et de faire progresser la chirurgie mini-invasive.

The patient is not the only one who fails to understand what goes on behind the scenes of the surgical play. The surgeon himself can be in front of the stage without ever having visited the theatre or even having felt the need for it. The surgeon also needs to understand what minimally invasive surgery really is if he is to fully benefit his patient. The young surgeon will be perfectly well trained in these techniques, he will know how to perform his actions with success. He will even probably learn the peculiarities of the “minimally invasive” treatment, but he will hardly hear about fundamental technical concepts of “mini-incision” and, even less likely, about “minimally invasive” interpersonal skills, which will allow him to flourish, to progress and to move forward minimally invasive surgery.