Humanisme, mot magique, mot maladroit, mot désuet? / Humanism – magic word, awkward word, obsolete word?

La volonté de mettre l’humain au centre du soin a maladroitement réveillé l’idée d’Humanisme en croyant que ce mot seul serait capable de s’opposer à la dérive technologique qui menace le vingt-et-unième siècle. Pouvait-il résumer l’idéal de la relation du soignant vers le soigné?

Ce mot me semble mal utilisé, il est surtout manipulé par démagogie et sans en comprendre le sens. Ce mot doit être banni du vocabulaire du soignant. Il faut trouver comment le remplacer parce que le projet qu’il sous-entend est noble et qu’à ce titre, il mérite d’être nommé.

L’Humaniste veut mettre l’Homme au centre de tout l’univers, le Soignant veut seulement mettre un homme au centre des soins qui lui sont nécessaires. L’Humaniste redimensionne le monde à l’échelle de l’Homme. Le Soignant veut seulement recentrer les soins qu’il prodigue sur les besoins d’un patient donné. L’Humaniste organise le monde vivant autour de l’Homme. Il détermine quels sont les animaux utiles, nuisibles ou divertissants et il imagine l’avenir de la planète comme dépendant de l’avenir de l’humanité. L’Humaniste pense que seul Homo sapiens est capable de soins et d’empathie et qu’il est au sommet de l’évolution. L’Humanisme est un comportement fondamentalement prévisible, mais est-il humain ou animal? Qui oserait dire un comportement bêtement humain? Il est compréhensible de vouloir défendre sa propre espèce mais ce doit-il être au prix de la menace d’autres espèces. Le Soignant qui se bat de nos jours pour plus d’Humanisme en médecine ne pense pas si grand ni si loin. Il se trompe seulement de slogan, en réalité, il ne défend pas une médecine « humaniste » mais une médecine « humaine », une médecine « personnalisée ». Et c’est sûrement cet adjectif « personnalisée » qui doit retenir tout son intérêt.

Il s’oppose en fait à une médecine impersonnelle c’est à dire qu’il s’oppose à toutes les médecines communautaire, digitale, virtuelle, modélisée, numérique, les médecines de cohorte et de chiffres. La médecine personnelle au contraire veut s’adapter à un individu, de façon unique et même à un moment unique de sa vie, c’est-à-dire que pour elle, la communication avec un patient donné doit même évoluer en fonction de l’évolution du patient et de ses liens avec le monde extérieur. Il rêve d’une relation médecin-patient unique.

Lutter contre l’évolution vers une médecine numérique, une médecine qui tente de faire du patient un modèle numérique, est difficile car le patient n’y voit que progrès et sécurité. L’informatique traite beaucoup plus de données que n’importe quel médecin, elle choisit la meilleure attitude à adopter face à une pathologie… au moins en théorie. La réflexion de la machine est juste, sans faute. La stratégie est optimisée par l’intelligence artificielle. Le combat est déséquilibré. Le médecin humain a du mal à lutter contre cette force mais il peut l’emporter sur deux points : l’ordinateur a t-il toutes les données? La stratégie théorique répond elle à ce patient et à ce moment de son existence? Les partisans de l’intelligence artificielle au service de la chirurgie diront qu’elle permet au contraire de choisir le traitement idéal pour un patient particulier. Ce n’est pas tout à fait exact car l’intelligence artificielle, au contraire, part de ses données modales pour les déformer jusqu’à épouser le modèle créé à partir des données du patient. Le Soignant, lui, doit connaître le Patient dans ses particularités individuelles, familiales et sociales et essayer d’adapter des solutions thérapeutiques qui respecteront au mieux les contours qu’il aura ainsi créés.

Et puis le problème n’est pas seulement le traitement de ces données mais leur recueil. L’ordinateur peut ou pourra capter du patient ses caractéristiques morphologiques, son régime alimentaire, ses résultats radiologiques et biologiques, sa profession mais aussi ses habitudes de vie, son passé et celui de sa famille et un jour peut-être l’intégralité de son génome. Certains prétendent qu’il pourra décider de ce qui est le mieux pour le patient et qu’il pourra peut-être prédire son devenir. La question est de savoir si tout cela constitue un homme ou n’en reste qu’un résumé imparfait. Le patient accepte t-il d’être modélisé? Accepte t-il que l’on résume son existence en fichiers numériques pour pouvoir le soigner? Accepte t-il que l’on prédise son avenir en se fiant à sa carte génomique? Accepte t-il de confier son corps à un robot-chirurgien? Et même si ce diagnostic était infaillible, si ce soin était infaillible, préfèrerait-il cette interface homme-machine ou un échange d’humain à humain, avec ses erreurs… humaines? C’est au patient de répondre. L’Humaniste dira que ces outils mécaniques, numériques sont bons car ils améliorent la survie de l’espèce humaine. Le médecin humain pourra en douter.

Une médecine humaine et personnelle est possible, elle doit se méfier de l’Humanisme et se méfier de l’Intelligence Artificielle. Elle doit porter secours à un individu en utilisant l’informatique comme un outil qui ne doit jamais avoir le dernier mot et décider seul.

The will to put the human at the centre of the medical care awkwardly awakened the idea of ​​Humanism, implying that this word alone would be able to oppose to the technological drift threatening the twenty-first century. Could this word summarize the ideal of the caregiver-patient relationship?

I believe that this word is misused, it is mainly manipulated by demagoguery and without understanding its meaning. This word should be banned from the caregiver’s vocabulary. We should find a way to replace it because the project that it implies is noble and as such, it deserves to be named.

The Humanist wants to put Man at the centre of the whole universe, the Caregiver only wants to put Man at the centre of the care he needs. The Humanist measures the world on a human scale. The Caregiver only wants to refocus the care he provides on the needs of a given patient. The Humanist organizes the living world around Man. He determines which animals are useful, harmful or entertaining and he imagines that the future of the planet depends on the future of humanity. The Humanist believes that only Homo Sapiens is capable of caring and empathising and that he is at the height of evolution. Humanism is a fundamentally predictable behaviour, but wouldn’t it just be one more animal instinct? Human or animal behaviour ? Who would dare to say, “stupidly human behaviour”? One may understand very well the will to defend one’s own species, but should it come at the cost of threatening other species? The Caregiver who fights for more Humanism in medicine these days does not think so big or so far. He is just misusing a slogan; in reality, he does not defend “humanist” medicine but “humane” medicine, “personalised” medicine. And it is surely this adjective – “personalised” – that needs to retain our attention.

It is the opposite of impersonal medicine, meaning all types of community, digital, virtual medicine, epidemiology and medical big data. Personalised medicine, on the contrary, wants to adapt to an individual in a unique way and even at a unique moment in his life, that is to say the communication with a given patient should evolve according to the evolution of the patient and his connections with the outside world. It is about a unique doctor-patient relationship.

Fighting against the evolution towards digital medicine, the medicine that tries to make from the patient a digital model, is difficult because the patient sees in it only progress and security. Information technologies process a lot more data than any doctor and, faced with a pathology, they choose the best attitude to adopt… at least in theory. A machine’s calculation is correct, without fail. Its strategy is powered by artificial intelligence. This fight is unbalanced. A human doctor has a hard time fighting this force, but he can have an advantage in two aspects: does the computer really have all the data? Does the theoretical strategy correspond to this patient in general and to this time of his existence in particular? Advocates of artificial intelligence in surgery would argue that it allows you to choose the ideal treatment for the patient. It is not entirely true because artificial intelligence starts off with modelled data and distorts it until it matches the model created from the patient data. The Caregiver in his turn must know the personality of the patient, his family and social background and try to adapt therapeutic solutions that will best respect the psychological and physical frontiers of the patient.

And then the problem is not only processing these data but their collection. Computer can or will be able to capture from the patient his morphological characteristics, his diet, his radiological and biological results, his profession as well as his lifestyle, his past and that of his family and one day perhaps all his genome. Some claim that it will be able to decide what is best for the patient and may be even predict his future. The question is whether all of this constitutes a man or remains only his imperfect summary. Does the patient agree to be modelled? Is it acceptable for him to summarise his existence in digital files to treat him? Does he agree with predicting his future on the base of his genomic map? Does he accept to entrust his body to a robot surgeon? And even if this diagnosis and treatment were infallible, would he prefer rather these human-machine relations or a human-to-human exchange, with its … human errors? It’s up to the patient to answer. The Humanist will say that these mechanical, digital tools are good because they improve the survival of the human species. The Caregiver may doubt it.

The medicine that is humane and personalised is possible, but it must be wary of Humanism and Artificial Intelligence. It should treat individuals using computer as a tool that should however never have the last word and decide alone.

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