Chirurgie mini invasive, victime de la communication médicale

Malheureusement, la chirurgie mini-invasive est aussi une victime de la communication faite autour d’elle. L’information médicale est déformée et faussée dans l’esprit des patients par la présentation qui en est faite dans les médias non spécialisés. Ils font miroiter l’impossible et mettent en concurrence des chirurgiens, des organismes de soins, sans prudence, ni rigueur scientifique. Ils encouragent les promesses non fondées d’entreprises financièrement intéressées ou très éloignées de la réalité du bloc opératoire.

En consultation chirurgicale, le patient vient de plus en plus souvent avec, en tête, une représentation construite de sa pathologie et des soins qu’il entend recevoir. Ce travail mental peut s’appuyer sur des bases médicales solides ou au contraire fragilisées par de fausses informations. Le patient peut être renseigné par son médecin généraliste ou son spécialiste mais aussi par des témoins proches qui ont subi des traitements similaires ou encore directement par ses propres lectures. Même si cette démarche est louable, car elle montre que le patient souhaite s’investir dans son parcours de soins, elle peut nuire ou fausser l’entretien chirurgical. Elle témoigne aussi d’une certaine méfiance, tout à fait compréhensible, vis-à-vis du discours et des promesses des soignants. A force de diffuser l’information en Santé comme cela est fait pour n’importe quelle prestation de service, il n’est pas surprenant que le patient se comporte comme n’importe quel client de n’importe quelle entreprise commerciale. Le système de santé français, en tous les cas, le lui permet, c’est-à-dire qu’il lui permet d’errer d’un médecin à l’autre, de prendre autant d’avis qu’il veut avant d’accepter un traitement. Le patient ne souhaite plus ressentir une entière dépendance vis-à-vis du médecin, il prend le risque de douter, d’avoir l’embarras du choix et il raisonne comme avant n’importe quel achat d’un bien de consommation. Il préfère glaner des informations en désordre, fausses ou exactes, optimistes ou pessimistes dans des forums ou des journaux généralistes mal informés ou incomplets puis essayer de se faire sa propre idée avant d’accepter un traitement.

Par exemple, à force d’errer de lectures en consultations, de consultations en témoignages, un patient peut se persuader que sa pathologie est accessible à un traitement mini-invasif. Il se voit subir un traitement rapide, peu risqué, peu douloureux, esthétique et pour lui, tout autre éventualité sera vécue comme une erreur médicale et une injustice. En consultation, la tâche du chirurgien est alors de lui faire comprendre que l’option mini-invasive n’est pas forcément adaptée ou réalisable et quand bien même serait-elle choisie, elle n’est pas aussi indolore et fiable que cela a été proclamé dans le journal, l’émission télévisée ou sur la page web. Une communication mal faite en amont va donc compliquer l’échange verbal, le rallonger et glisser un autre doute dans l’esprit du patient, un doute qui peut altérer sa confiance et l’éloigner de son chirurgien.

Il arrive que les médias du grand public fassent passer une innovation récente, une prouesse technologique unique et fragile pour une pratique routinière ouverte à tous les patients. La présentation spectaculaire fait rêver ; elle fait oublier la valeur scientifique du résultat, l’absence de recul, les risques générés, l’investissement économique et donc l’inaccessibilité pour beaucoup de centres de soins. A la lecture de cette annonce discordante par rapport à ce qui lui aura été dit en consultation, le patient est surpris et sent qu’il n’a peut-être pas toutes les chances d’accéder au traitement optimal. Il peut même entrer en opposition avec son chirurgien. Pour le patient, cette prouesse mini-invasive est une sorte de jurisprudence qui le place en droit d’exiger les mêmes moyens techniques et les mêmes résultats que ceux vantés pour d’autres. Le plus souvent, après des explications claires de la part du chirurgien et de l’anesthésiste, il finit par se résigner, par accepter le traitement classique mais il va garder à l’esprit, peut-être définitivement, la pensée amère que dans un autre centre, quelques mois plus tard, il aurait pu être traité à moindre mal et cette pensée négative est probablement néfaste dans la relation médecin-patient. Elle s’avère particulièrement nuisible lors de la phase de récupération post-opératoire dont le succès dépend de l’existence d’une parfaite adhésion du patient au plan de traitement.

Outre cet effet pervers sur la relation humaine, la communication incontrôlée a de lourdes conséquences économiques. Elle représente un coût sociétal considérable pour un système de santé comme le nôtre. Si elle incite à une mise en comparaison de différents traitements, de différents chirurgiens par le patient et si le système le permet, elle engendre une surconsommation de consultations spécialisées et immanquablement d’examens biologiques et radiologiques. Enfin, il devient difficile d’essayer de défendre une indépendance économique entre les professionnels de la Santé et les fabricants de matériel chirurgical alors que les médias de leur côté cultivent cet amalgame en mélangeant les résultats médicaux et les intérêts financiers de grands groupes industriels. Si le monde de l’ingénierie biomédicale bouillonne de travaux de recherche de haut niveau, d’inventions déterminantes, il est aussi pollué par des commercialisations, des campagnes publicitaires d’outils chirurgicaux sophistiqués, chers et finalement peu utiles à une époque où la fragilité économique de nos sociétés devrait nous pousser plutôt à choisir l’outillage essentiel pour renforcer les ressources humaines soignantes.

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